1 déc. 2010

Haïcouleurs

en bout de branche
rendant le ciel plus bleu
la pomme rouge


sur la toile nue
les pommes rougissent
sous le pinceau

26 mai 2010

Seul

seul au monde
flottant dans le bol
un brin de thé

12 mai 2010

Valéry et son Haï Kaï

 Dans le petit jeu gratuit et si peu orthodoxe (c'est un clin d'œil, pas une thèse!) qui consiste à pointer des similitudes entre " l'esprit haïku" et le "regard" de certains poètes occidentaux, après Mallarmé avec " Pour un tombeau d'Anatole", intéressons nous à ce cher Valéry. Pour tout dire c'est lui-même qui en nommant un de ces mini textes "Haï Kaï" (voir plus bas) m'en a donné l'idée.

Ce ne sont pas, bien sûr, ces poèmes en vers classiques qui justifient cet exercice mais certains petits textes très personnels trouvés dans ses "Cahiers" (Editions La pléiade).
Le contenu de ces cahiers écrits tout au long de sa vie, le plus souvent à l'aube, n'était pas, pour l'essentiel, destinés à être publiés.
Une sélection de ces textes dans les "Poésies perdues" (poèmes en proses des cahiers: poésies Gallimard) nous révèle un Valéry méconnu du grand public, plus prosaïque, observateur permanent, différent du cliché de l'intellectuel élitiste et mondain.

Abandonnant les poèmes en vers (qu'il reprendra par amour à la fin de sa vie avec " Corona § Coronilla" Editions de Fallois) pour ceux en prose, Valéry y invente une poésie personnelle détachée du symbolisme de son maitre et ami Mallarmé; prenant conscience des contraintes et des limites de la versification et de la description traditionnelle il s'en affranchit : sa prose poétique pointe ce qui surprend et émeut, le singulier et l'universel se complétant; parmi les aphorismes, notes , réflexions ou dessins surgit parfois, sortie d'un ensemble, l'image partielle dans l'instant.

Ces fragments, morceaux de poésie brute, suivent les sensations au plus près, disent les impressions mêlés : "Fixer des vertiges" comme disait Rimbaud, fixer ces moments où les sens entrevoient le monde. Sa pensée procède par impulsion à partir de la vision qui l'a suscitée : toujours sur le fil, il reste en équilibre au dessus du vide de l'inconnu ("L’univers n’est qu’un oiseau dans l’étendue.").

Sa relation la plus connue avec le haïku est la préface qu'il écrivit pour : "Sur des lèvres japonaises" de Kikou Yamata en 1924 ("Les civilisations qui se raffinent en arrivent à des formes poétiques très brèves… Un long poème contient toujours quelque autre chose que poésie...")

Je vous propose une petite sélection qui permets d'entrevoir cette vision globale et particulière qui caractérise ce poète et qui pour certains textes me semblent proche de ce que j'imagine "l'esprit haïku" influencé naturellement par une pensée occidentale.

Pour débuter la sélection, ce tercet de Valéry, inscrit au fronton du palais de Chaillot, justifiant la conviction que, au-delà des mœurs et des cultures (souvent déformées par l'exotisme spiritualiste et parfois dopées par l'EPO (Excès de Philosophie Orientale!)) et en respectant toutes les différences de forme, la poésie (quand elle est bonne!) est universelle :


Choses rares ou choses belles
Comme jamais encore vues
Toutes choses qui sont au monde.

N'entre pas sans désir.

Ce qui est rare dans la minéralogie est sans valeur dans la littérature. On peut se couvrir de diamants : plus on en met, plus on est pauvre…

Un regard sur la mer, c'est un regard sur le possible.

Oiseau posé entre
trois feuilles: un petit bruit
au crépuscule, par moments –
n'existe qu'à ces moments -
S'entend comme une douleur.

 Il ne me suffit pas de comprendre, il me faut éperdument traduire.

Je suis né dans un de ces lieux où j'aurais aimé naître. (Cette!)

Nuque nue et à peine apparue.

Iris – blanc – penché –
gras de gouttes de pluie -
gonflé – lourd – de couleur délicate
(1899)

Nuit. Une immense Chose/objet/obscure et silencieuse.
Et dans elle, - des myriades faibles, un duvet de lueur et de bruits légers.
Travail de tous ces insectes? Qui percent, vrillent, scient, usent la nuit.
Une nuit, un nocturne – mais vraiment étouffé -
et avec ses millions de nuances noyées et distinctes -
la lueur stellaire – venant de partout si universelle.
Le calme grossier, le silence général, le vacarme uniforme des bestioles.
Le vent tacite, la suspension des feuilles qui sur moi fait un si grand effet, l'eau -…
(1899)

La mer, pour moi, impression des narines et des poumons, espace, dressement des vagues, boisson aérienne, grandeur, odeur immense et hérissée, arbre odorant et gros, aérée.
Air hérissé.
(1899)

Lit, Horizon de délices et de douleur -
avec des masses blanches suspendues -
son profil d'ombres écrues.
(1899)

Le ciel est nu. La fumée flotte. Le mur brille.
Oh! Que je voudrais penser clairement!
(1903)

Un printemps si léger que je crois me survivre.
(1906-1907)

Soumets-toi tout entier à ton meilleur moment, à ton plus grand souvenir.
C'est lui qu'il faut reconnaitre comme roi du temps…
(1910)

 6 heures [du] matin (4/09/14), je descends après la nuit si chaude à insectes, à pensées ; je laisse Paris investi — je descends et je viens de marcher dans la légère lame tremblante glacée de l'eau, sur le fil de la mer. / Assis, je suis comme muet intérieurement. / Je suis lourd et je m'ouvre. Je regarde sans voir. Que c'est calme ! Quelle distance entre ce que je sais et ce que je vois. Ce que je vois n'est rien et n'arrive pas à penser. Ce sont des photographies que prennent mes yeux contraints. Que me font ces clichés ? / Au moment que la vague se penche pour se rompre, sur l'arête de sa lame brille / brillera / le soleil même. / L'eau de la crête commence à couler sur le versant de tête la plus belle transparence sous la voûte naissante de la vague est entrevue. Puis le bruissement de l'écroulement; ce froissement augmente très rapidement et est interrompu par la catastrophe d'écume. La rumeur finit dans un choc, que suit le gémissement du sable et du retrait. La chose se rengorge, se reprend, pour se revomir encore et encore.

La passion de l'intellect veut tout comprendre, tout reconstruire, tout abolir…
(1917)

La mer est en extase sous mes yeux. Toute chatouillée de petits soleils.
(1925)
Le jour croît, par degrés assez sensibles, et à chaque pas qu'il fait telle nuance se dégage du trouble pâle de l'aube.
Le clair et le sombre se divisent — en colorations que l'on peut nommer ; et chaque couleur se divise à son tour — chaque masse de l'espace s'ouvre comme une fleur.
La forme demande peu à peu moins d'hypothèses. Peu à peu la connaissance se fait immédiate et touche au suprême de la netteté. Il n'y en a plus au-delà. L'incertain abandonne l'étendue. Un homme est visible à 300 m — qui entre dans un champ et [se courbe].
... Aube et moi — Corps toujours las qui s'éveille au-dessus de toutes ses pensées possibles — et ce sentiment étrange d'être étrange, étranger, et cependant d'être quelque chose — Tout et rien — Substance unique et accident.
Je suppose alors un autre au même état quelque part, avec le même sentiment d'être — Être nécessaire sans doute... et rien que possible.
Nous avons un mépris essentiel de tout ce qui ne compte pas devant cette heure.
 
L'édifice de la pensée complexe et claire parfois s'entrevoit nettement à travers l'onde du (temps présent non troublée par le moindre remous).
La crainte bouleverse les dieux entrevus.

Nulle crainte — nul émoi ne ride, n'opalise le bassin mental de la conscience.

Comme cristal se forme le monde des idées

Loin de la douleur loin de la peur, des soucis, des croyances, des opinions, des intérêts —
Conditions de formation. Instabilité.
Rapports avec le rêve – rapports avec attention
Rêve à cause de la liberté laissé aux éléments analogiques, --, de la structure de l'espace.
[1925] Poèmes et PPA (Petits Poèmes Abstraits)

Mistral. Toute la mer dans le même sens. Ennui – sub-désespoir. Solitudo.
Tous ces paquets blancs en marche vers l'Est. Sur l'horizon des blocs de neige.
Abattement excité – La plaie étrange r'ouverte.
(1928)

J'attendais je ne sais qui?
(Toi? Ou le jour –ou-)
Il vint une pensée.
(C'est celui que Valéry a appelé Haï-Kaï ! 1937)

(Chaque heure, hélas, atrocement me vante)
La chaleur de ton sein,
Ta bouche au fier dessin
Et l'autre, plus vivante
(Corona…)

Ne me laisse pas seul, dit mon esprit à mon esprit -
Lis, défends-moi contre moi-même – fais un raisonnement, un calcul qui t'occupe - -
Défends- moi contre le désordre et le pire que j'engendre -
Contre le vrai - - La vérité est toujours terrible.
La certitude est inexorable. Ne regarde pas par la fenêtre qui donne sur la nuit.
(1938)

La pensée de ce qui est empoisonne ce que je vois.
La beauté du soleil et de la mer font souffrir.
Car il faut souffrir – et le beau doit y travailler aussi.
(1940)

Il y a un moment où la lumière commence à s'en prendre aux choses, à leur faire balbutier leurs formes, et puis leur noms successifs, à partir de celui-ci même de "choses" qui est le commencement. Il y a d'abord quelque chose; puis des choses. Et c'est exactement comme dans la Genèse. Tout se passe comme il est écrit dans le célèbre chapitre I. Division de l'homogène, du rien ou du chaos ad libitum. Il y a une petite enfance de la figure du monde d'un jour, pour un lieu donné.
(1943)

Arriver à ce point de sagesse – c'est-à-dire, d'observation limpide et de regard que rien ne trouble – que la mort nous soit aussi peu de choses qu'elle l'est pour la nature de la vie, laquelle dilapide les êtres comme elle les prodigue, les tourmente, les supplicie comme elle les choie leur donne d'être sensibles comme d'être pesants et mouvants, et, en somme, les ignore dans chacun d'eux comme chacun d'eux l'ignore dans l'immense production qu'elle est et ne conçoit ni ses prévoyances ni ses modes contradictoires, ni le sens de son développement et ce mélange de génie, d'aveuglement, de variété et de mécanique monotone qu'elle manifeste à nous qui la jugeons d'après nous.
(1944, un an avant sa mort)

Je me juge moi-même assez différent du personnage littéraire qui porte mon nom, et qui est l'œuvre de mes œuvres… en un mot ­pour moi, l'objet essentiel ne fut pas une œuvre à faire, ce fut l'éducation de l'auteur. Ceci est la clef. Je n'ai pas varié dans ce sentiment depuis ma vingtième année.» (Lettre à Jean Paulhan)

Mémoire de ma vigne

"O vous, qui êtes en face du vin et qui hésitez à boire,
Pour prendre le plaisir, dites-moi, je vous prie, qui attendez-vous?"
Li Po


Quel regard peut porter un amoureux du vin sur la vigne? Presque celui qu'un père porte sur la mère de ses enfants! L'image est folle? D'autant plus que l'amoureux fou serait alors considéré comme alcoolique! Au fait, qu'est-ce qu'un alcoolique? Celui qui ne peut plus se passer de vin? Mais alors, celui (ou celle) qui ne peut plus se passer des femmes (ou des hommes, ou des deux!) est-il un obsédé sexuel! J'ai comme circonstance atténuante d'avoir été élevé au jus de la vigne : mon père faisait dans sa campagne à l'extérieur de Montpellier (à présent à l'intérieur, mais il n'y a plus de campagne!) un petit vin (vraiment petit : 8°, raisins foulés aux pieds!) qu'enfant je buvais à table, coupé avec de l'eau, comme la plupart des autres enfants.

Coupé dans de l’eau
si trouble si lointain
le vin de mon père

Je n'ai bu mes premières bonnes bouteilles qu'après 20 ans! Le Languedoc n'était pas la Bourgogne, mais ça a bien changé depuis! Bien qu'adorant la musique, je ne connais pas de son plus agréable, plus prometteur et plus joyeux que le son (pop!) d'une bouteille qu'on ouvre!
Si je n'ai rien contre l'onanisme, en revanche, je n'imagine pas de boire un vin en solitaire! Bref c'est peu dire que le spectacle de la vigne et ses promesses m'émeuvent, de celles en terrasses que les hommes ont accrochées sur les pentes des coteaux aux vastes étendues qui s'alignent encore dans la plaine (avant l'arrachage!).

Arrachement…
des vieux ceps de grenache
au blé tout bête

Du printemps à l'automne ses couleurs symbolisent la vie et explosent au final dans le rouge; mais, c'est en hiver que je la préfère lorsque sans vie, débarrassée de ses charmes, elle dresse ses sculptures, bonzaïs occidentaux, et que je sais qu'elle va renaître.

Mémoire de ma vigne
Si je perds mes racines
Je suis un désert

6 avr. 2010

Cerisiers fleurs



ça
on le regrettera…
cerisiers en fleurs


Les vieux cerisiers
Leurs mêmes fleurs blanches
de mon enfance

Qui cessera
le premier de fleurir


aube pâle
sans ombres sans contours
cerisier en flou


cerisier en fleurs
déjà un rouge-gorge


Le bourdon parait
heureux lui aussi…
Cerisiers en fleurs

Le bourdon bruissant
dans le silence blanc…
Bruit de noce

ciel d'orage :
le cerisier reste
éclairé

au ciel bleu
un seul nuage blanc
cerisier en fleur


vent léger
un peu trop pour elles
cerisier en fleurs

15 mars 2010

Nues
















les fleurs des fruitiers
blanches les premières
les jambes nues

8 mars 2010

La journée

Journée de la femme
Et moi, dit il ?
Les 364 autres…
Cathy C.

Unique

ni gai ni triste
le cycliste unijambiste…
au contraire