Il est des lieux pleins de charme
où l'on ne souhaite que passer.
Une après midi glacée au cimetière pour repeindre les inscriptions gravées sur la tombe familiale.
peinture longue durée
pour concession à perpétuité
La personne qui le faisait depuis longtemps est morte. Le cimetière de Montpellier, bien qu'en ville, est un paradis plein de charme et de sérénité, mais…
froid aussi
dans le cimetière désert
vent d'hiver
aux tombes de l'entrée
le bruit de la rue
mais le soleil
après la pluie
les tombes brillantes
un vieux vase
des jolies roses
bien fanées
dans le ciel
l'oiseau sur le cyprès
silencieux
entre les tombes
un jeune homme
avec des fleurs
ceux de dessus
ceux de dessous…
le chant de l'oiseau
un vieux monsieur
assis sur un banc
de pierre
les tombes
des soldats musulmans
pour s'orienter
vent glacial
les dates et les noms
figés
sur la tombe
repeindre les morts
en outrenoir
entre les deux dates
penser à leur vie…
à l'autre
des vies si courtes
concédées à perpette
entre néant et néant
beaucoup de passé
peu de reste…
repeindre
des prénoms plus ou moins longs
plus ou moins oubliés
effacé
le père de mon père
ravivé
une araignée
prise dans la peinture
son tombeau
épeler
le prénom de ma mère
jamais dit
en vain plus de temps
plus de soin sur le sien
son nom oublié
de jeune fille avant lui
avant moi
Nos morts ne sont qu'a nous :
gravés dans la tête
plus que dans la pierre.
Leur image unique dans l'ombre
au-delà des lettres
le chemin
parallèle aux tombes
le bruit du gravier
une ombre passe
sur elles avec moi
le ciel bleu
sera toujours là
pas le nuage
en partant
l'impression d'un retour
en arrière
inoubliable
les yeux d'une jeune femme
effacée
dedans dehors
l'impression de se voir de loin
se regarder…
c'est peut être ça
apprendre à partir
En 1702, à Yangzhou, le peintre Shitao écrit ceci :
"La veille de la nuit du nouvel an j'ai été malade. Puis brusquement je me suis trouvé plein d'angoisse mais je ne parvenais pas à mettre la main sur les mots qui me permettraient d'exprimer les choses complexes que j'étais en train de ressentir. Je pensais à ce corps que mes parents avaient engendré jadis : il était en mauvais état. Mon corps accuse maintenant soixante années d'âge. Est-ce celui d'un homme ? Est-ce celui d'une femme ? Alors je me mis à pousser un cri comme je dus le faire quand je suis arrivé dans ce monde en sortant du corps de ma mère. Car ceux qui me conçurent, dans ces jours d'autrefois, étaient dans la joie de découvrir un nourrisson dans la lumière au moment de ma naissance. Quant à moi, sans que je fusse tout à fait une herbe dépourvue de conscience, je n'étais pas en mesure de leur répondre. Seul mon cœur continue de battre. Cela fait un seul cœur sur trois ! Pauvre cœur de chair et de sang ! À qui appartient cette chair ? Quel sang s'y revendique ? Qui dans ce monde éprouve de la joie de ma présence ? Dois-je achever ma vie dans les regrets ? Dois-je éprouver de la honte pour les sentiments que je suis en train d'exprimer ? Regret ? Honte ? D'une part la source et d'autre part la fin. Ô effroi ! Ô tristesse !"
___________________________________
seul à seul
du bon coté du vide
des rires au loin
les larmes en plus
19 févr. 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire