19 févr. 2010

La source et la fin :

Il est des lieux pleins de charme
où l'on ne souhaite que passer.



Une après midi glacée au cimetière pour repeindre les inscriptions gravées sur la tombe familiale.



peinture longue durée
pour concession à perpétuité



La personne qui le faisait depuis longtemps est morte. Le cimetière de Montpellier, bien qu'en ville, est un paradis plein de charme et de sérénité, mais…



froid aussi
dans le cimetière désert
vent d'hiver


aux tombes de l'entrée
le bruit de la rue
mais le soleil



après la pluie
les tombes brillantes



un vieux vase
des jolies roses
bien fanées



dans le ciel
l'oiseau sur le cyprès
silencieux



entre les tombes
un jeune homme
avec des fleurs



ceux de dessus
ceux de dessous…
le chant de l'oiseau


un vieux monsieur
assis sur un banc
de pierre


les tombes
des soldats musulmans
pour s'orienter



vent glacial
les dates et les noms
figés



sur la tombe
repeindre les morts
en outrenoir



entre les deux dates
penser à leur vie…
à l'autre



des vies si courtes
concédées à perpette



entre néant et néant
beaucoup de passé
peu de reste…



repeindre
des prénoms plus ou moins longs
plus ou moins oubliés



effacé
le père de mon père
ravivé


une araignée
prise dans la peinture
son tombeau



épeler
le prénom de ma mère
jamais dit



en vain plus de temps
plus de soin sur le sien



son nom oublié
de jeune fille avant lui
avant moi


Nos morts ne sont qu'a nous :
gravés dans la tête
plus que dans la pierre.
Leur image unique dans l'ombre
au-delà des lettres


le chemin
parallèle aux tombes
le bruit du gravier



une ombre passe
sur elles avec moi



le ciel bleu
sera toujours là
pas le nuage



en partant
l'impression d'un retour
en arrière



inoubliable
les yeux d'une jeune femme
effacée



dedans dehors
l'impression de se voir de loin
se regarder…
c'est peut être ça
apprendre à partir



En 1702, à Yangzhou, le peintre Shitao écrit ceci :
"La veille de la nuit du nouvel an j'ai été malade. Puis brusquement je me suis trouvé plein d'angoisse mais je ne parvenais pas à mettre la main sur les mots qui me permettraient d'exprimer les choses complexes que j'étais en train de ressentir. Je pensais à ce corps que mes parents avaient engendré jadis : il était en mauvais état. Mon corps accuse maintenant soixante années d'âge. Est-ce celui d'un homme ? Est-ce celui d'une femme ? Alors je me mis à pousser un cri comme je dus le faire quand je suis arrivé dans ce monde en sortant du corps de ma mère. Car ceux qui me conçurent, dans ces jours d'autrefois, étaient dans la joie de découvrir un nourrisson dans la lumière au moment de ma naissance. Quant à moi, sans que je fusse tout à fait une herbe dépourvue de conscience, je n'étais pas en mesure de leur répondre. Seul mon cœur continue de battre. Cela fait un seul cœur sur trois ! Pauvre cœur de chair et de sang ! À qui appartient cette chair ? Quel sang s'y revendique ? Qui dans ce monde éprouve de la joie de ma présence ? Dois-je achever ma vie dans les regrets ? Dois-je éprouver de la honte pour les sentiments que je suis en train d'exprimer ? Regret ? Honte ? D'une part la source et d'autre part la fin. Ô effroi ! Ô tristesse !"

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seul à seul
du bon coté du vide
des rires au loin
les larmes en plus

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